Courir à deux : quand la passion se partage

Rachelle Dion et Louis Vallée

Février, c’est le mois de l’amour. Dans la communauté de course, une question revient souvent : est-ce qu’on doit absolument trouver quelqu’un qui partage la même passion que nous? Nous avons rencontré deux couples aux réalités bien différentes pour explorer ce qui fonctionne (ou pas) quand deux sportif·ves décident de faire route ensemble.

Partager la même passion : bien plus qu’un simple avantage

Pour Rachelle Dion et Louis Vallée, la question ne fait aucun doute. Rachelle a complété les Ironman 70.3 WC Marbella et celui de Kona tandis que Louis de son côté a complété le Ironman 70.3 Maine Augusta. Le triathlon prend donc énormément de temps dans leur vie, et avoir un·e partenaire qui comprend cette réalité élimine une source majeure de friction.

« C’est vraiment cool quand ton partenaire partage ta passion et comprend ta réalité », explique Louis. « Tu ne te sens pas mal de dire “je dois faire ma long run”. Tu sais que c’est quelque chose qui peut être fatigant à la longue et créer des tensions dans un couple. »

Du côté d’Émilie et Nicolas, l’approche est différente, mais le constat est similaire. Nicolas était déjà coureur quand ils se sont rencontrés, tandis qu’Émilie a redécouvert la course grâce à lui. « En ayant Nicolas dans ma vie, ça m’a poussée à me remettre à la course », raconte Émilie. « C’est tellement plus facile d’intégrer ça à deux. La motivation, toute seule, des fois, c’est difficile. »

Ce qui ressort des deux témoignages? Peu importe le niveau de performance, partager cette valeur d’une vie active crée une compréhension mutuelle essentielle. Nicolas le résume bien : « Je ne cherchais pas nécessairement une coureuse, mais quelqu’un d’actif, oui. Une vie active, c’est important. »

Le sport devient alors un ciment positif dans la relation. « On part courir, on revient, on a les endorphines, on est de bonne humeur », s’enthousiasme Rachelle. « Tu partages ça avec ta personne, ça amène vraiment du positif dans une relation. »

Synchroniser les horaires sans perdre sa foulée

Coordonner deux plans d’entraînement peut devenir un casse-tête. Rachelle et Louis ont trouvé une solution : ils ont le même coach. « Notre coach essaie de nous donner les mêmes entraînements », explique Louis. « Ce n’est pas toujours exactement pareil parce qu’on est à des niveaux différents selon les sports, mais ça rentre rarement en conflit. »

Cette synchronisation leur permet de planifier leurs moments de qualité. « Les weekends, on fait notre long run en avant-midi, et après on peut faire autre chose », dit Rachelle, qui souligne aussi l’importance de « voir ses ami·es, sa famille, et de ne pas toujours être ensemble. »

Pour Émilie et Nicolas, l’approche est plus flexible. Ils s’entraînent trois à quatre fois par semaine, mais sans rigidité. « Mettons qu’une journée, je devais courir une heure et demie, ça ne me tentait pas trop, je vais faire 45 minutes », avoue Nicolas. « Mais au moins, j’ai fait quelque chose. »

Cette flexibilité leur a permis de faire des choix conscients. Nicolas, qui a fait le Marathon Beneva de Montréal en 2025, a décidé de se concentrer sur le demi-marathon cette année. « Les grandes courses de trois heures, trois heures et demie, ça bouffait trop de temps dans mon horaire. Je vois plus un bel équilibre entre course et vie sociale en faisant des demis. »

Le couple a aussi adopté une belle réciprocité : Nicolas a transmis sa passion pour la course, Émilie celle du vélo de gravel. « Maintenant on a nos deux vélos de gravel et on planifie nos campings juste pour faire du vélo », raconte-t-elle.

Support mutuel et zéro compétition

La compétitivité peut s’installer facilement. Pourtant, nos deux couples sont unanimes : c’est l’élément à éviter.

« On se dit qu’on est une équipe, on se supporte », affirme Louis. « C’est une question de maturité. » Rachelle ajoute : « On se voit comme une équipe et on est contents des succès de l’autre. »

Pour Émilie, la comparaison est parfois tentante. « J’ai arrêté longtemps de faire du sport à cause des études », confie-t-elle. « Aussi, de courir moins vite qu’à 20 ans, toutes ces petites affaires-là, j’étais comme : “ben là”! » Rachelle, de son côté, souligne l’importance que Louis la traite en égale : « Il me prend comme si j’étais un de ses amis avec qui il va s’entraîner. Je sens qu’il veut m’amener vers le haut. »

Le support se manifeste de multiples façons. Lors du marathon de Nicolas, Émilie l’a suivi tout au long du parcours avec son vélo. « Elle s’est promenée avec son vélo monovitesse et me suivait d’’un point d’’encouragement à l’’autre. Quand j’’ai frappé le mur au 36e kilomètre et que je marchais trois minutes pour une minute de course, elle était là et ne m’a pas lâché. » Louis, de son côté, a acheté un billet d’avion pour l’Espagne pour encourager Rachelle lors de son deuxième Ironman. « Je savais que c’était important pour elle, et je voulais vraiment être là », explique-t-il simplement. Pour Émilie, pas besoin de grands gestes : « Vraiment tout le support au quotidien, c’est ce qui a été très apprécié », souligne-t-elle.

Cette mentalité permet même d’envisager sereinement des scénarios délicats. « On fait le demi-Ironman de Tremblant ensemble », raconte Rachelle. « Mettons que l’un de nous deux a une mauvaise course et que l’autre réussit très bien, ça peut être dur, mais ce n’est pas une compétition. On apprend à se mettre de côté pour accueillir les émotions de l’autre. »

Au-delà de la ligne d’arrivée

Que vous visiez un Ironman ou un demi-marathon pour le plaisir, une chose demeure : partager la valeur d’une vie active aide la relation.

« Au final, c’est juste passer plus de temps ensemble en faisant quelque chose qu’on aime », résume Nicolas. « Je cours en zone 2, elle est en zone 4-5, mais je passe du temps avec ma blonde. »

Pour Rachelle, « à notre niveau, c’est vraiment important d’avoir un partenaire sportif. Mais même pour quelqu’un qui court juste pour le plaisir, je pense que c’est recommandé. »

Les conseils convergent : ne pas tomber dans la compétition, respecter les besoins de chacun et chacune, se voir comme une équipe. « Il ne faut pas que ce soit ’“moi je fais mon sport, donc je n’écoute pas tes besoins” », nuance Rachelle. « Ça doit venir des deux côtés. »

Émilie conclut : « Partager la même passion, ça amène ta relation ailleurs. On a du fun à faire du sport, c’est positif. On part courir, on revient, on a les endorphines, on est de bonne humeur. »

Publié le 02/02/2026

CATÉGORIE Entrainement

ÉCRIT PAR Marathon Beneva de Montréal