Les Jeux Olympiques de 1976 : le coup d’envoi d’une culture sportive au Québec

Tu chausses tes souliers de course, tu sors, et tu cours. C’est simple, c’est accessible, c’est naturel. Mais cette habitude-là, les Québécois ne l’ont pas toujours eue. Pour comprendre d’où vient notre rapport au sport et à la course à pied, il faut remonter à l’été 1976. Dans cet épisode spécial pour les 50 ans des Jeux Olympiques de Montréal, Virginie s’est assise avec Pierre Gince, auteur du livre Les Jeux Olympiques de Montréal et nous, et Laurent Turcot, historien, pour retracer le fil d’une transformation culturelle qui a tout changé.

Avant 76 : un Québec qui ne courait pas

Difficile à croire aujourd’hui, mais dans les années 70, les Québécois ne couraient pas dans les rues. Les parents ne faisaient pas de vélo. On mangeait trois ou quatre fruits, trois ou quatre légumes, on buvait de la 50 et de la Molson Export. Le sport, c’était le hockey pour les garçons et le patinage de fantaisie pour les filles. C’est à peu près tout.

Puis il y a eu Expo 67, qui a ouvert le Québec sur le monde. Et dans la foulée, les Jeux de 76 ont tout fait exploser.

 

L’été où tout a changé

En quinze jours, les Montréalais ont découvert l’aviron, le volleyball, le basketball, l’athlétisme, le lancer de javelot. Des disciplines qu’ils n’avaient jamais vues. Des athlètes qu’ils ne connaissaient pas. Et soudainement, une question s’est imposée : pourquoi pas nous?

La demande de sport a explosé du jour au lendemain. Mais les structures n’étaient pas là. Pas d’entraîneurs, pas d’arbitres, pas d’infrastructures. Juste une volonté collective de bouger, chez les adultes comme chez les enfants.

Et pour les femmes, ce fut une révolution à part entière. Dans un Québec où le sport féminin était pratiquement inexistant, les Jeux ont montré ce que les athlètes féminines pouvaient accomplir. Les filles se sont dit : on peut faire du sport nous aussi. Des disciplines entières s’ouvraient à elles pour la première fois.

 

Le marathon de Montréal, enfant direct de 76

Trois ans après les Jeux, le Marathon de Montréal est né. Ce n’est pas un hasard. L’élan des JO avait ouvert la porte à une culture d’athlétisme qui n’existait pas auparavant. Jean-Luc Brassard le dit bien dans le livre de Pierre Gince : sans 76, il n’y a pas de culture de sport d’élite pour les disciplines d’été au Québec. Et sans cette culture-là, plusieurs carrières d’athlètes n’auraient tout simplement pas existé.

 

Pourquoi la course à pied domine aujourd’hui

35 000 coureurs au Marathon de Montréal. Des clubs de course partout. Des gens qui sortent par -20. Comment on en est arrivés là?

Laurent Turcot l’explique très bien : la course à pied est un miroir de notre société. C’est seul mais ensemble. On se dépasse individuellement, sans avoir à coordonner les horaires de cinq autres personnes. Dans un monde où les agendas sont de plus en plus fragmentés, c’est un sport qui s’adapte parfaitement. Une paire de souliers, et tu pars.

C’est aussi l’un des sports les plus démocratiques qui soit. Pas besoin d’une équipe, d’un terrain, d’un équipement coûteux. Et en 2026, le groupe du mardi matin qui se retrouve devant un café après la sortie, c’est un peu notre nouvelle église. Le rendez-vous communautaire qu’on a réinventé.

 

Un héritage qui se construit encore

50 ans plus tard, Montréal continue d’accueillir de grands événements sportifs internationaux. Ce que Jean Drapeau a légué à la ville, c’est cette idée qu’on est capable de voir grand. Et les Québécois, eux, ont hérité d’une culture sportive qu’ils n’avaient pas avant l’été 76.

La prochaine fois que tu mets tes souliers de course, souviens-toi que quelqu’un, quelque part en 1976, a regardé un athlète courir au Stade olympique et s’est dit pour la première fois : moi aussi, je pourrais faire ça.

 

Écoute l’épisode complet sur le podcast Pourquoi tu cours? pour entendre Pierre et Laurent raconter tout ça dans leurs propres mots.

 

Published on 07/30/2026

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WRITTEN BY Marathon Beneva de Montréal