Nutrition et course à pied : manger pour performer
On a longtemps cru que pour courir plus vite, il fallait peser moins. C’est une idée qui circule dans la communauté de course à pied, qui se glisse dans les conversations après les entraînements, qui s’installe tranquillement dans la tête des coureurs et des coureuses. Mais cette croyance peut avoir des conséquences réelles sur la santé et la performance. On en a parlé avec Catherine Caron, pharmacienne et coureuse qui a traversé le syndrome RED-S, et Alexia De Macar, docteure en nutrition spécialisée en sport.
C’est quoi le syndrome RED-S?
Le syndrome RED-S, ou déficit énergétique relatif dans le sport, c’est ce qui arrive quand l’énergie disponible dans le corps n’est plus suffisante pour faire fonctionner toutes ses fonctions physiologiques, en plus de soutenir l’activité physique. En d’autres mots : le corps manque de carburant pour tout faire en même temps.
Les symptômes sont variés et n’arrivent pas tous en même temps. Fatigue persistante, infections à répétition, perte de cheveux, anxiété, troubles du sommeil, perte de menstruations, diminution de la tolérance à l’effort. Le portrait clinique est différent d’une personne à l’autre, ce qui rend le syndrome difficile à diagnostiquer.
Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas réservé aux athlètes d’élite. Comme l’explique Alexia De Macar :
« Il y a deux chemins pour se retrouver en faible disponibilité énergétique : celui qui est volontaire, et celui qui arrive par accident, parce que les gens ne savent tout simplement pas comment gérer leur nutrition en fonction de leur charge d’entraînement. »
Le parcours de Catherine
Catherine Caron a commencé à courir en 2021. Comme beaucoup de coureuses, elle avait intégré l’idée que peser moins voulait dire aller plus vite. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que son corps était déjà en déficit énergétique.
Pendant des mois, elle s’est réveillée plusieurs fois par nuit parce qu’elle avait faim. Elle a perdu ses menstruations sans comprendre pourquoi. Elle a développé une anxiété intense qu’elle ne reconnaissait pas. Elle a continué à s’entraîner, sans savoir que quelque chose n’allait pas.
C’est en écoutant le témoignage d’une marathonienne élite dans un podcast qu’elle a entendu parler du syndrome RED-S pour la première fois. Et les pièces ont commencé à s’assembler.
La lune de miel et le mur
Alexia De Macar l’explique clairement : quand quelqu’un commence à se restreindre pour perdre du poids, il peut y avoir une période où tout semble bien aller. C’est ce qu’elle appelle la lune de miel. Le corps s’adapte, la performance se maintient, et la personne a l’impression que son approche fonctionne.
Mais il y a un mur. On ne sait juste pas quand on va le frapper. À un certain point, le corps n’a plus les ressources pour soutenir à la fois l’entraînement et toutes ses fonctions vitales. Et là, les conséquences arrivent, physiquement, mentalement, émotionnellement.
La preuve concrète? Catherine a couru le Marathon de New York en 2023 sous-alimentée. C’était son pire marathon. Quelques années plus tard, après avoir travaillé sa relation à la nutrition, elle a coupé deux minutes à son temps.
Le poids naturel et la performance
Il existe bel et bien un lien entre le poids et la performance sportive. La littérature scientifique le démontre. Mais la question qu’Alexia pose à ses clients est la suivante : à quel prix?
Si perdre du poids signifie couper les glucides, réduire les apports énergétiques et s’entraîner davantage, le corps va éventuellement frapper un mur. La performance à court terme peut sembler s’améliorer, mais à moyen et long terme, c’est l’inverse qui se produit.
Chaque personne a un poids naturel, celui où son corps fonctionne bien et se sent en sécurité. Comme le dit Catherine :
« Il n’y a pas de bon poids pour performer. Chaque personne peut performer, mais ce poids sera différent pour chacun. »
Ce que ça change dans la tête
Un des aspects les plus importants de cet épisode, c’est la question de la perception. Se regarder dans le miroir et se dire je me sens forte aujourd’hui plutôt que je me sens mince. Changer le rapport au corps, pas juste les habitudes alimentaires.
Catherine le dit avec beaucoup d’honnêteté : la guérison n’est pas linéaire. On ne sort pas d’un trouble alimentaire du jour au lendemain. Mais on peut apprendre à reconnaître les signaux du corps, à manger quand on a faim, à se traiter avec bienveillance selon les phases de vie.
Écoute l’épisode complet du podcast Pourquoi tu cours? pour entendre Catherine et Alexia raconter tout ça dans leurs propres mots.
Publié le 27/08/2026
CATÉGORIE Podcast